Chapitre 3 · ~5 min
Les Premiers Enfants
Ils guérissaient. Lentement. Douloureusement. Mais sûrement. Les marques du Néant s'estompaient. Les souvenirs revenaient — pas tous, mais assez. Les formes se stabilisaient. Ils devenaient entiers.
Et ils découvraient Honorus. Un monde où exister ne faisait pas mal. Où le vide ne tirait pas sur les bords de l'âme. Où demain existait. C'était... étrange. Après une éternité de dissolution, la solidité semblait irréelle. "C'est vraiment fini ?" demandaient-ils. "Le Néant ne peut plus nous atteindre ?" Les Six ne mentaient pas. "Il essaiera. Toujours. Mais ici, vous êtes protégés. Ici, vous pouvez vivre."
Vivre. Un mot simple. Un concept oublié. Ils ont réappris. À marcher sans craindre de se dissoudre. À parler sans peur que les mots s'effacent. À rêver — vraiment rêver — d'un lendemain. Les Six les regardaient avec quelque chose de nouveau. De la fierté ? Non. De l'espoir. Ces êtres brisés se reconstruisaient. Et ils portaient en eux le même refus que l'étincelle originelle. Le refus de disparaître.
On les appela les Premiers Enfants d'Honorus. Pas parce que les Six les avaient créés. Parce qu'ils étaient les premiers à naître vraiment dans ce monde nouveau. Nés une seconde fois. Arrachés au rien. Offerts à l'existence. Et ils n'oublieraient jamais ce don.
