Chapitre 4 · ~5 min
Ce Qui Vient du Vide
Le Néant n'a pas d'armée. Il n'en a pas besoin. Quand la Faille s'est ouverte, ce qui en est sorti n'était pas des soldats. C'étaient des absences. Des formes qui n'étaient pas des formes. Des présences qui étaient des vides. Les Effacés.
Pas des monstres. Pire. Des souvenirs de ceux qui avaient cessé d'exister. Des échos de consciences que le Néant avait digérées. Des fantômes inversés — non pas des morts qui hantent, mais des vivants qui n'ont jamais été. Ils ne voulaient pas tuer. Ils voulaient effacer. Faire disparaître. Comme si tu n'avais jamais existé. Même dans les souvenirs des autres.
Le premier village touché n'a pas été détruit. Il a disparu. Un matin, il était là. Le soir, personne ne se souvenait qu'il avait existé. Les routes qui y menaient n'allaient plus nulle part. Les familles des habitants ne savaient plus pourquoi elles pleuraient. Ils avaient perdu quelque chose. Mais ils ne savaient plus quoi.
C'est le Fulgurarque qui a compris. Ses visions lui montraient des trous. Des espaces vides là où quelque chose aurait dû être. Des noms qui avaient eu des visages. "Ils ne tuent pas", a-t-il dit aux autres Arques. "Ils annulent. Ils font comme si nous n'avions jamais existé. Et si nous n'agissons pas... Honorus entier deviendra un souvenir que personne n'aura."
